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Mes colocs extra-terrestres

24 Fév

Bonjour !

Un jour, un extra-terrestre a atterri chez moi. En fait, chez Doudou et moi, mais pour ne pas alourdir ce texte je ne parlerai que de moi.

Je ne sais pas de quelle planète il venait mais j’étais sûre de deux choses : la première, il était seul, et la deuxième, il n’y avait absolument aucune chance qu’il puisse retourner sur sa planète. Alors je l’ai gardé avec moi et je fais de mon mieux pour l’accompagner afin qu’il s’intègre petit à petit dans notre société.

Au début, j’ai pris quelques semaines de congé pour être à 100 % avec lui. Il fallait bien ça, car il était vraiment mal en point ! Non seulement il ne parlait pas du tout notre langue et n’avait pas du tout le même rythme veille-sommeil que nous (je crois que sur sa planète les journées ne duraient pas 24h mais 90 minutes). Mais en plus, le voyage l’avait sacrément abîmé, à moins que ce soit les conditions de vie très différentes sur sa planète par rapport à la Terre ?  En tout cas, il souffrait de plusieurs handicaps à son arrivée : il était quasiment aveugle, incapable de marcher et même de simplement se tenir debout. Et, sans doute traumatisé par le changement de planète et l’isolement d’avec ses semblables, au début il faisait de fréquentes crises de panique ; il n’y a qu’un contact prolongé avec moi qui le calmait alors. Pendant plusieurs jours, je l’ai carrément gardé sur moi pour dormir, et aussi tout contre moi pendant une bonne partie des journées. Heureusement qu’il était de petite taille !

Comme je devais quand même continuer ma vie d’avant, mais qu’il était encore incapable de rester seul à la maison toute une journée, j’ai embauché quelqu’un pour le surveiller et l’aider à assurer ses besoins primaires pendant que j’étais au travail.

Petit à petit, les handicaps de mon coloc extra-terrestre se sont atténués. Il a appris à marcher, sa vision s’est améliorée, il a appris à parler et même à manier notre langage et nos codes sociaux. Il s’est d’ailleurs fait des ami-e-s et j’ai pu le mettre dans une école pour qu’il y continue ses apprentissages.

Je sais qu’il lui faudra encore plusieurs années avant d’être complètement autonome, d’exercer un métier et d’avoir son propre logement, mais je suis confiante et globalement notre colocation fonctionne bien. On essaye de faire attention aux besoins de chacun d’entre nous, j’ai fait quelques aménagements dans la maison et dans ma tête pour favoriser son indépendance et limiter le nombre de règles de vie. Et il y a de nombreux moments où je suis très heureuse de vivre avec lui.

Bien sûr, on ne se comprend pas toujours et parfois ses différences m’agacent. Et il y a même des moments où je lui crie dessus : je ne peux même pas dire qu’on se dispute, car quand je crie il ne me répond pas, il se recroqueville. Alors, je me rappelle que je crie non pas tant pour ce qu’il a fait de « mal » mais parce que je suis énervée, moi – sinon j’aurais trouvé un moyen de lui parler calmement. Et j’ai honte car lui est encore tellement à ma merci : plus petit que moi, plus faible, totalement dépendant de moi pour la satisfaction de ses besoins primaires. Et j’ose l’engueuler ?! Est-ce que je me permettrai aussi de crier sur Doudou un jour s’il est sénile et/ou impotent ?

En tout cas, quand je n’arrive pas à savoir comment me comporter vis à vis de lui, j’ai une astuce : la réciprocité. Je me demande comment j’aimerais qu’on se comporte vis à vis de moi, si c’était moi l’extra-terrestre qui débarquait soudain, seule, sur une planète totalement différente de la mienne, dans une société complètement inconnue à laquelle il fallait bien falloir que je m’habitue. Je suppose que mon avis est influencé par la lecture de « Nos amis les humains » de Bernard Werber, quand j’étais ado.

Je dois vous dire une dernière chose sur notre situation : il y a quelques temps, Doudou et moi avons accepté d’accueillir un deuxième colocataire. Nous avons donc maintenant une colocation à 4 : Doudou, les deux extra-terrestres et moi.

Et vous, avez-vous aussi un ou des colocataires extra-terrestre-s ? Au-delà des moments de bonheurs, comment ressentez-vous la charge mentale, émotionnelle et physique qu’impose leur accompagnement vers l’autonomie ?