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Véganisme en famille, histoire de compromis

11 Juin

Bonjour !

Chez nous, la famille est très présente, en particulier depuis qu’on a déménagé à Marseille. C’est un choix de notre part : nos parents et beaux-parents sont à moins de 30 minutes en voiture, et plusieurs frères, oncles et tantes, grands parents ne sont pas loin non plus. Aucun n’est végétarien ni végane, ni « féministe » (c’est à dire réellement conscient que c’est chacun de nous qui maintenons les inégalités de sexe), ni écolo. Bref, vis à vis de ces « innovations », je crois que notre société en est encore (au mieux) au stade des adoptants précoces.

Mais dans notre famille, à peu près tous sont gentils et, comme nous, motivés pour que les relations familiales soient fréquentes et au beau fixe. Concrètement, ça veut dire que chacun essaye d’aménager son organisation pour faire une place aux désirs des autres – même si au fond de soi on ne pense pas que ce désir ait autant de valeur que le nôtre ! Tolérer ne signifie pas être d’accord…

Ainsi, pour les repas de famille, il y a toujours de la viande/du poisson mais aussi des plats véganes alléchants et nutritionnellement équilibrés pour Doudou et moi. La grand mère de Doudou nous prépare toujours des fricassés sans thon ni œuf quand elle en cuisine. Elle apporte des gâteaux standard mais pense de temps en temps spontanément à faire une tarte aux pommes végane (avec de la compote de pomme à la place de l’appareil classique). Quasiment personne ne cherche à nous asticoter sur nos choix de vie. Nous avons une famille merveilleuse, j’en ai conscience et j’en ressens beaucoup de gratitude.

De notre côté, nous autorisons nos proches à apporter des produits animaux chez nous lors d’un repas s’ils en ressentent vraiment le besoin. Par exemple des œufs et du jambon pour garnir leurs crêpes, des croissants pour leur petit déjeuner. Nous prévenons bien sur au maximum ces besoins en proposant au préalable un maximum de gourmandises végétales. Nos invités ont quasiment toujours la courtoisie de ne pas avoir besoin de compléter notre menu avec des produits animaux.

Le cas le plus difficile est celui des enfants. Et ce n’est pas seulement un problème épineux du point de vue du véganisme : l’éducation bienveillante, écologique et non sexiste représente tout autant de défis que le véganisme dans la plupart des familles – y compris la nôtre. Encore une fois, nous avons deux très grandes chances :

  • notre famille est très bienveillante vis à vis de nous,
  • Doudou et moi sommes parfaitement d’accord sur les sujets éthiques et écologiques au sens large (y compris le sexisme, le spécisme, etc), même si lui a fait le choix de manger de temps en temps du fromage à l’extérieur et de porter du cuir sur ses chaussures de boulot et ses ceintures (on n’a pas encore trouvé de ceinture végane qui lui plaise).

Il est cependant inévitable que certaines actions de nos proches nous/me restent en travers de la gorge. Et, réciproquement, que certaines de mes actions choquent mes proches. Quand j’ouvre le frigo chez eux et que je vois des petits suisses, achetés spécialement pour le Béluga, il me vient la bouffaïsse. J’ai une envie : les incinérer. Ou à défaut, les jeter à la poubelle. Les petits suisses hein, pas mes proches. Et je suis tiraillée entre le fait qu’ils lui donnent des produits laitiers, ce qui me fait trépigner de colère, et la volonté de leur rappeler (encore une fois) de manière diplomatique le fait que je tolère déjà qu’ils lui donnent de la viande, du poisson, des œufs et des biscuits non véganes, ce qui est déjà un très très très très gros énorme colossal effort de ma part et qu’ils pourraient au moins éviter ces p***n de produits laitiers !!!!! Idem quand le Béluga me dit qu’ils l’ont emmené au zoo.

Alors j’expire. Je dessine ma colère puis je continue le dessin de manière un peu artistique, pour faire sortir mes émotions négatives et les « retraiter ». J’écris mon exaspération dans des lettres que je n’envoie pas. J’en parle à Doudou, qui m’écoute sans me juger tant que je ne le saoule pas trop longtemps avec ma rage. Je tourne et retourne dans ma tête les mots que je pourrais utiliser pour communiquer ma frustration à mes proches afin qu’ils dévient un peu plus de leurs principes (les enfants ont besoin de produits laitiers pour bien grandir/j’ai envie d’initier mon petit fils à cet aliment/cette activité que j’ai été habitué à aimer, etc) vers les miens. Même si je sais que mes pratiques, qui me paraissent logiques et respectueuses, leur paraissent sans doute quasiment relever de la maltraitante : refuser d’emmener le Béluga voir Guignol (on va voir plein d’autres spectacles à la place), le faire dessiner sur du papier brouillon, lui acheter quasiment tous ses vêtements d’occasion, jeter à la poubelle les bonbons que les commerçants lui offrent…

Au final, peu importe qui a raison, de eux ou de moi, l’important est qu’on arrive à trouver un compromis pour que nos deux systèmes de valeurs coexistent.

Ce serait tellement plus simple (et libérateur) pour moi de leur dire : « aucun produit animal dans l’assiette du Béluga sinon il ne viendra plus manger chez vous !!! Et arrêtez de l’emmener à la ferme pédagogique ou au zoo ! » Oh que ça me démange de le dire quand je vois ces satanés petits suisses dans le frigo, si vous saviez !!! Moi qui me suis tellement adoucie au contact de Doudou alors qu’au fond je suis un dragon cracheur de feu ! Alors je me raisonne, je fais appel à mon empathie en imaginant combien ce serait violent pour eux de recevoir ces impératifs dans la figure…

Et je viens vous prendre à témoin que oui ils ne sont pas 100 % fair play puisque je leur ai déjà dit (et Doudou aussi) que ça me gêne beaucoup (plus que le reste) que le Béluga consomme des produits laitiers, que non je ne m’abaisserai pas à leur lancer que ce sont des mangeurs de cadavres alors qu’en m’apportant de la pizza ce midi le Béluga m’a dit « (celle-ci) c’est pour les mangeurs de graines » en écho à ce qu’un proche venait de lancer et que ça m’a blessée, que oui je suis persuadée que c’est la diplomatie vis à vis de nos proches qui nous permettra de maintenir nos liens et aussi de les amener vers plus de végétal/moins de cruauté ordinaire, et que oui aussi ces compromis me font passer des moments plein de rage, qui parfois m’empêchent de dormir, mais qui sont contrebalancés plus tard par un compliment sincère de l’un sur les camemberts de cajou, un gâteau au chocolat végétalien cuisiné par un autre, le Béluga qui demande mes cookies pour son petit déjeuner…

Un jour peut être, l’humanité sera complètement éthique et écologique. En attendant, je suis une végane écolo et féministe dans un monde qui ne l’est pas, et je veux pas en plus me priver (et priver Doudou et mes enfants) de notre famille qui est déjà merveilleuse. Ce n’est pas la voie facile, et ce n’est pas souvent abordé même dans les blogs de famille végane, mais j’y crois. La recherche du compromis est une démarche difficile, frustrante, longue et qui ne fait pas se déplacer les foules. Mais je pense qu’elle est réellement utile et nécessaire pour faire évoluer l’humanité vers le mieux.

Alors merci de me suivre, de regarder mes repas tout simples, de lire mes témoignages sur la vie de mes enfants, de tenter mes recettes. Ce blog me permet de respirer, d’exercer ma liberté, de transcender (upcycler serait un terme plus à la mode ? ^^) ma frustration devant ce monde qui est parfois (souvent) si loin de mes valeurs. Vous m’aidez à garder le cap, merci.

Au fait, vous voulez ma recette de cookies ?

Bon dimanche !

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