Archive | juin, 2010

Pourquoi devenir végétarien ? Raison 7 : l’empathie envers les humains ?

27 Juin

Tout d’abord, j’adresse un immense merci à Pralines et Canelés ainsi qu’à Jojo pour avoir permis la relecture de ce billet de blog.

Les plus anciens groupes de végétariens connus l’étaient pour des raisons de non-violence. Le lien entre végétarisme et respect d’autrui a été promu par des religions et de nombreux philosophes. Deux citations illustrent cette logique :

  • « Quelqu’un qui s’est habitué à considérer la vie de n’importe qu’elle créature vivante comme sans valeur, finit par penser qu’une vie humaine ne vaut rien. » (Albert Schweitzer)

Voilà pour l’aspect philosophique. Et que dit la science sur cette question ? Je n’ai trouvé aucune étude qui considère cette logique. Alors voici le peu qu’on peut en dire : ces citations philosophiques affirmant que que si on est empathique, on l’est pour tout le monde, humains comme animaux. Or je pense qu’on ne peut pas être empathique pour les animaux tant qu’on est dépendant d’eux pour notre survie. Pour moi, il est donc nécessaire de devenir indépendant des animaux (pour n’importe quelle raison) pour avoir la possibilité psychologique d’être empathique avec eux. Et ensuite, il est beaucoup plus facile d’assumer une empathie pour tout le monde, humains y compris.

Après recherche dans la bibliographie scientifique, la seule étude disponible actuellement étudie seulement le dernier maillon de mon raisonnement (qui, je le répète, est juste mon propre avis sur la question). Ce maillon est : un végétarien a plus de chances qu’un omnivore d’être empathique envers les humains (ce qui n’empêche pas plein d’omnivores d’êtres très empathiques !).

L’étude en question est de la science chaude ! C’est-à-dire des recherches qui sont actuellement en cours, à l’opposé de la science froide, qui concerne les recherches faites et validées il y a longtemps – la science qu’on fait au collège et au lycée est généralement de la science froide. Alors, prêts à plonger ? Ne vous inquiétez pas, je vais être avec vous pour tout expliquer ^^.

L’article scientifique du jour étudie l’empathie vis à vis des humains et des animaux, chez 3 groupes de personnes : des omnivores, des végétariens par éthique et des végans. Ici on se limitera à analyser l’empathie vis-à-vis des humains. Les chercheurs utilisent 2 techniques : un questionnaire et une mesure d’activité cérébrale.

Le quotient empathique (QE)

L’empathie est la capacité de comprendre et partager les états émotionnels d’autrui. L’empathie comporte 3 composantes :
sensorimotrice : quand on voit une personne blessée à la main, on contracte le muscle concerné, exactement comme si on était soi-même blessé à cet endroit.
cognitive : quand on comprend comment une personne réfléchit. On est alors capable de prédire son comportement.
affective : quand on voit une personne triste, on ressent de la tristesse.

Les composantes cognitive et affective de l’empathie sont classiquement évaluées grâce à un questionnaire qui permet de calculer le quotient empathique (QE) d’une personne. Une personne très empathique a un QE élevé. Voici les résultats de QE pour les 3 groupes : 20 omnivores, 19 végétariens par éthique, 21 végans.

Pour être précis, les chercheurs ont comparé ces 3 groupes avec des tests statistiques :

  • Le 1er résultat de cette étude est que on ne peut rien dire sur la ressemblance entre l’empathie des végans et celle des végétariens par éthique : ni que leur empathie est la même, ni qu’elle est différente. Vous le voyez parce que les fourchettes se chevauchent suffisamment pour qu’on ne soit pas sûr que les empathies sont différentes, mais ne chevauchent pas assez pour qu’on soit sûr que les empathies sont les mêmes.
  • Le 2ème résultat est que les omnivores ont moins d’empathie que les végans ou que les végétariens par éthique. Le test statistique donne p ≤ 0,04, ce qui signifie qu’on a au moins 96 % de chances d’avoir raison quand on dit cela. Rappelez-vous, on a vu ici que si p est proche de 0 alors on peut dire avec une certitude proche de 100 % que les deux groupes sont différents.

Les circuits neurologiques de l’empathie

L’IRMf est une technique d’imagerie qui montre quelles zones cérébrales sont particulièrement actives à un moment donné. Ici, les chercheurs ont enregistré une IRMf pour chacune des 60 personnes, pendant qu’on leur montrait des images de souffrance humaine.

Voici une image illustrant le résultat : en gris, on voit le cerveau vu de dessus (pour être plus claire, j’ai dessiné la tête d’un bonhomme sur la gauche) et en couleurs blanc/jaune/orange/rouge, on voit les zones cérébrales particulièrement actives.

Qu’en concluez-vous ? Que les végans et les végétariens par éthique ont une activation des même zones cérébrales, avec la même intensité, quand ils voient des humains en train de souffrir. Les omnivores ont une activation différente devant les mêmes images. On en conclut que les circuits neuronaux de l’empathie sont différents chez les omnivores de chez ceux qui font des choix alimentaires par éthique.

Remarque : Les végans font des choix alimentaires par éthique, mais leur éthique s’étend bien au-delà de l’alimentation. Ils refusent de participer à toute utilisation des animaux. Ainsi, ils ne portent pas de cuir, ne vont pas au zoo et n’utilisent pas de cosmétiques testés sur les animaux.

Au début de l’article, je vous ai parlé de science chaude. En effet, cet article a été publié il y a à peine un mois, et ils reste bien des choses à découvrir pour le compléter. Par exemple :

    • Faire les mesures de quotient empathique sur un plus grand nombre de personnes, afin de savoir si les végans et les végétariens par éthique ont un QE semblable ou différent.
  • Découvrir quelle est la fonction des zones cérébrales mises en évidence lors de cette étude. A l’heure actuelle il n’y a pas de consensus sur le rôle de chacune pour le fonctionnement de l’empathie.

Conclusion

Le végétarisme pour des raisons éthiques (éviter la souffrance des animaux) est associée à un fonctionnement neurologique différent et à une plus grande empathie envers les humains. Cette association ne dit pas que l’un (le végétarisme) est la cause de l’autre (l’empathie), elle dit simplement que ces deux paramètres vont ensemble. Les résultats scientifiques actuels sont donc compatibles avec  les citations vues plus haut… mais ils sont encore très loin de les démontrer ! Il faudra encore de nombreuses études pour cela. Ce qui est encourageant est que les scientifiques commencent à s’intéresser à ce sujet, donc on peut s’attendre à la parution de nouvelles études. Je vous tiendrai au courant. 🙂

Les circuits neurologiques de l’empathie peuvent évoluer au cours de la vie. Car les végétariens et végans de l’étude ne l’étaient pas depuis leur naissance. On peut donc espérer que, comme pour l’esclavagisme, l’humanité refusera progressivement d’utiliser et de tuer des animaux pour son seul confort (et non pour sa survie). Peut-être que nos petits-enfants trouveront aussi barbare le fait de tuer des cochons que de réduire un homme en esclavage.

Je termine sur une dernière citation : « Chaque fois que les gens disent : « Nous ne devons pas être sentimentaux, » cela signifie qu’ils sont sur le point de faire quelque chose de cruel. Et s’ils ajoutent : « Nous devons être réalistes, » ils veulent dire qu’ils vont en faire de l’argent. Ces slogans ont une longue histoire. Ils furent utilisés pour justifier les commerçants d’esclaves, les industriels impitoyables (…). On les a maintenant passés (…) aux fermiers d’usine. » (Brigid Brophy, Unlived Life). Rappel : 80% des oeufs produits en France proviennent de poules élevées en cage.

Recette de maki sushi de riz complet

Comme vous le savez, je refuse d’encombrer ma cuisine avec des produits qui servent une fois tous les 36 du mois. Alors acheter du riz « spécial sushi » qui ne sert qu’à cet usage, qui est nutritionnellement appauvri (raffiné) et qui est cher (il ne se vend pas en vrac), c’est non ! D’autant qu’il est parfaitement possible de faire des sushis avec du riz rond complet et des ingrédients au coût économique et écologique très correct. La recette qui m’a convaincue vient du blog de Cléa, une blogueuse qui invente des recettes très jolies, parfois japonisantes, parfois non végétariennes, et qui a écrit des livres de cuisine très chouettes.

Sushi maki de riz complet à l'avocat et au fromage végétalien

Si vous voulez des idées de nombreux sushi, maki et dérivés, je vous conseille également le blog Sav’Hourra : il contient de nombreuses recettes originales, avec des photos et toutes les astuces pour avoir un rsultat de pro. Par exemple cette recette de futomaki.

Et pour accompagner ces sushi, voici une recette de saison délicieuse et hyper rapide :  la salade de courgettes du  blog A boire et à manger, un blog de recettes dessinées où on rigole, on apprend des astuces de cuisine et on découvre plein de recettes très sympa, parfois végétariennes.

Pain sans pétrissage (décongelé), courgettes crues et leur vinaigrette au citron, falafels (décongelés), aubergines poêlées à l'huile d'olive, quinoa et reste de riz assaisonnés de paprika muscade et piment, tranches de nectarine

Ingrédients pour 2 rouleaux de maki sushi de riz complet
100g de riz rond complet (à la place du riz « spécial sushi »)
– 1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre (à la place du vinaigre de riz)
– 1,5 cuillère à café de sucre complet (à la place du sucre raffiné)
– un peu de moutarde forte (à la place du wasabi)
– un peu de gingembre séché en poudre (à la place du gingembre frais râpé)
– garniture au choix : des oignons verts et de la roquette, avocat (morceaux décongelés), fromage végan, concombre, carotte, etc

– sauce soja

Préparation
– Rincer le riz.
– Dans une casserole avec couvercle, mélanger le riz égoutté avec 2 fois son volume d’eau et faire cuire 20 minutes à couvert. Le riz doit être presque trop cuit.
– Éteindre le feu, laisser reposer 5 minutes à couvert.
– Ajouter le vinaigre et le riz, mélanger. Éventuellement, transférer le riz dans une assiette plate, pour qu’il refroidisse plus vite.
– Former les rouleaux comme indiqué ici, en superposant une feuille de nori, le riz assaisoné, un peu de moutarde et de gingembre puis la garniture choisie.
– Déposer 20 minutes au réfrigérateur, pour que le rouleau devienne ferme.
– Découper en tranches à l’aide d’un couteau sans dents mouillé et rincé entre chaque tranche.
– Déguster avec de la sauce soja. Les maki sushi sont aussi bon le lendemain, voire le surlendemain. Et comme ils sont sans poisson cru, pas de problème pour les conserver quelques heures hors du frigo, dans un bento par exemple.

Maki sushi de riz complet et fromage végétalien, dés de melon, salade de courgettes

Bonne semaine !

Dites… ça vous ennuie ou ça vous intéresse, quand je vous explique des articles scientifiques ?

Recette de cuisine durable

Pourquoi devenir végétarien ? Raison 6 : la faim dans le monde

13 Juin
Commençons sur un fait d’actualité. Vous avez peut-être croisé cette mystérieuse publicité lancée début juin en France. Elle montre une photo de champ entouré de montagnes et un message “La France a besoin d’énergie”. Serait-ce une publicité pour un fournisseur d’électricité ? Non, la deuxième série d’affiches lève le voile : dans le champ, un homme soulève une femme, et le message est maintenant “La viande de boeuf, pour notre équilibre et notre plaisir”. En petits caractères en bas de l’affiche, on peut découvrir l’instigateur de cette campagne : Interbev, l’association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes.  Il y a trois autres affiches de “révélations” sur la viande bovine française, vous pouvez les consulter sur le site internet de la campagne.

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que cette campagne publicitaire nous apprend deux choses :

  • Les professionnels de l’élevage bovin craignent l’effet des observations écologiques et sanitaires, qui sont de plus en plus connues par le grand public et qui devraient logiquement causer une baisse des achats de viande bovine française. Elle est prévue de 0,5 % pour l’année à venir (mais les importations de viande bovine non française sont en nette augmentation).
  • Les arguments de promotion du boeuf vantés dans les affiches ne sont en rien spécifiques à la viande de boeuf, et d’ailleurs ils ne sont pas développés ni justifiés sur le site internet de la campagne… Si vous êtes intéressés, je peux poster les études scientifiques qui montrent que tous les arguments de cette campagne peuvent être assurés de manière totalement végane. A part bien sûr le plaisir de croquer dans un steak non haché, pour son seul aspect gustatif :-).

Vous comprenez donc que cette campagne publicitaire est absolument contraire aux principes actuellement admis pour mettre en oeuvre le développement durable, sur les plans humain et écologique. En effet, l’ONU elle-même vient de publier un rapport qui officialise ce qu’on peut tous comprendre en lisant les études sur l’impact environnemental de l’omnivorisme (on l’a vu ici). Pour tout vous dire, le rapport de l’ONU conclut que la seule solution pour avoir une planète durable et éviter une famine majeure est de tendre vers le végétalisme. Je suis donc tout à fait surprise qu’aucune instance scientifique, politique  ou morale ne se soit encore élevée pour faire interdire une campagne aussi explicitement en faveur de la consommation de viande qu’est la campagne publicitaire actuellement menée par Interbev.

En attendant, voyons ensemble cette histoire de végétalisme pour supprimer la faim dans le monde. Comment est-ce possible ?

Position du problème : y a-t-il un vrai problème de famine mondiale ?

1 – Les chiffres de la faim

Sur notre planète, à l’heure actuelle, un enfant meurt de malnutrition toutes les 2 secondes. La malnutrition est la principale cause de décès pour les nourrissons et les enfants des pays en développement.

Bien sûr, la malnutrition ne touche pas que les enfants : presque 30 % de la population humaine est actuellement malnutrie. La malnutrition cause de nombreuses maladies et décès, ainsi que des conflits meurtriers, par exemple au Darfour.

J’en profite également pour parler de la soif : à l’heure actuelle, 18 % de la population mondiale (1,1 milliards de personnes) n’a pas accès à une eau potable. En 2025, le manque d’eau affectera 65 % de la population mondiale (5,5 milliards de personnes). Comme pour la faim, le manque d’eau potable est à l’origine de maladies et de fortes tensions politiques, par exemple dans le bassin méditerrannéen.

2 – Une cause majeure de la faim : le rendement des produits d’origine animale

Les produits d’origine animale ont un rendement exécrable sur les plans nutritionnel, économique et environnementaux. Voici ce qu’en dit l’ONU : « The production of agricultural biomass, especially animal products, is and will remain an inefficient transformation process compared to most industrial processes. » Voici ma traduction : La production de biomasse agricole, surtout les produits d’origine animale, est et restera un procédé de transformation peu efficace, comparé à la majorité des procédés industriels.

En effet, on l’a déjà vu ici, pour produire 100 g de viande de boeuf, on doit fournir 1 kg de protéines végétales. En effet, 1 boeuf, pendant ses 3 ans de vie, consomme 6 tonnes d’ensilage et de foin, 260 kg de tourteaux, 90 kg de céréales, 45 kg de minéraux et 0,8 hectares de pâturage pendant 3 saisons et il boit environ 36 000 L d’eau potable. Environ 13 % des calories de cette alimentation sont utilisées comme “briques de construction” et se retrouvent donc dans la carcasse, environ 1 %  est rejetée (urine et excréments) et 86 % est utilisée comme énergie pour fonctionner (se déplacer, digérer, toutes les fonctions vitales quoi). Voici un petit dessin pour résumer ces chiffres :

Aliments consommés par un boeuf au cours de sa vie (3 ans) et répartition des calories apportées par cette alimentation

Le même type de raisonnement s’applique pour tous les aliments produits par le bétail : viande, oeufs et produits laitiers. Si on fournit 10 calories d’énergie primaire, on peut produire :
– soit 20 calories issues de céréales et légumineuses,
– soit 5 calories issues de fruits et légumes,
– soit 0,1 à 0,5 calories de produits animaux.

En fait, tout ceci est logique. C’est exactement ce qui se passe dans notre propre corps. On absorbe plusieurs tonnes de nourriture au cours de notre vie. Pourtant, si quelqu’un veut manger tous nos muscles et nos organes, il n’y trouvera même pas 50kg de nourriture (comme pour les bovins, seul 1/3 de notre masse  corporelle est consommable). Le raisonnement est le même si on produisait des oeufs ou du lait : cette production n’utilise qu’une partie minime de l’énergie dont notre organisme a besoin pour fonctionner. Donc la majeure partie de notre alimentation serait un gaspillage obligé pour l’éleveur d’humains.

De même, nous buvons des milliers de litres d’eau au cours de notre vie. Nous la rejetons ensuite principalement dans les urines, ce qui signifie qu’elle n’est plus directement potable.

2a – Conséquences sur les ressources alimentaires

Plus de la moitié de toutes les récoltes mondiales sert à nourrir le bétail dont nous tirons ensuite la viande, les oeufs et les produits laitiers. Pour le soja, c’est plus de 80 % des récoltes mondiales qui sont consommées par les animaux d’élevage. Et d’ici 2050, on estime que le bétail consommera 40 à 50 % de la production mondiale de céréales.

2b – Conséquences sur les ressources en eau potable

Savez-vous que seul 1 % de l’eau terrestre est de l’eau douce liquide ? Voici un résumé de la situation :

L’agriculture utilise 70% de l’eau potable terrestre – la majorité servant pour la boisson des troupeaux ou pour la production de leurs aliments.

En quoi ceci est-il lié à la soif dans le monde ? Dans les 70 % d’eau utilisée pour l’agriculture, l’immense majorité est utilisée pour les animaux d’élevage. En effet, non seulement le bétail boit de l’eau potable, mais de plus il consomme des aliments qui ont besoin d’irrigation pour pousser. Résultat :

A vous de faire de calcul en fonction de votre régime alimentaire…
Allez je vous aide : on a déjà vu ici qu’en France, si on mange végétalien pendant une journée, on économise 5 400 L d’eau, l’équivalent de 27 bains (un bain consomme 200 L d’eau, une douche 60 L).

Résolution du problème : chacun de nous peut agir

1 – Tendre vers une alimentation végétalienne

Avec les chiffres que nous avons vus ensemble, la solution est toute trouvée : le moyen le plus efficace de diminuer le gaspillage nutritionnel mondial est de diminuer sa consommation de produits animaux.

Voici ce qu’écrit l’ONU : « Impacts from agriculture are expected to increase substantially due to population growth, increasing consumption of animal products. Unlike fossil fuels, it is difficult to look for alternatives: people have to eat. A substantial reduction of impacts would only be possible with a substantial worldwide diet change, away from animal products. »

Et ma traduction : On s’attend à une augmentation considérable des impacts de l’agriculture à cause de la croissance démographique mondiale, qui augmente la consommation de produits animaux. Une réduction considérable des impacts ne serait possible qu’avec un changement considérable de l’alimentation mondiale, détachée des produits animaux.

Vous notez que l’ONU ne parle pas du gaspillage de nourriture causé par les magasins, qui jettent tous les jours des aliments invendus. Vérifions : produire 1kg de protéines de veau nécessite 21kg de protéines végétales (soit 20kg de protéines gaspillées – non non, je n’ai pas fait de faute de frappe !), 1kg de protéines d’oeuf ou de lait 3 à 4 kg de protéines végétales (soit 2 à 3 kg de protéines gagnées). Or le gaspillage du système alimentaire global est au pire (aux USA) de 1kg de nourriture jetée pour 2kg de nourriture produite. Et ce chiffre prend en compte le gaspillage à toutes les échelles : au magasin, mais aussi dans nos cuisines…

Chacun d’entre nous a le pouvoir de changer les choses. Si vous devenez végétalien, vous économisez assez de ressources pour nourrir 19 autres personnes. Énorme, non ? Ça vaut le coup de tenter une fois de temps en temps, non ? En plus vous allez forcément en parler à 1 ou 2 personnes, alors ça va faire boule de neige…

2 – Application pour la France

Les arguments listés dans cet article sont sans appel : si vous voulez lutter contre la faim dans le monde, le moyen le plus efficace est de changer votre régime alimentaire.

Évidemment, personne ne vous demande de devenir végétalien du jour au lendemain, et personne ne viendra vous faire la morale si vous dites que la faim dans le monde, vous vous en fichez complètement. Chacun sa vie, chacun ses contraintes, chacun sa conscience. Et surtout : « Chacun chez soi, et les hippopotames seront bien gardés !« 

Je profite juste de ce paragraphe pour rappeler qu’en France métropolitaine, on est drôlement chanceux : si on le voulait, on pourrait tous se nourrir de manière équilibrée et agréable rien qu’avec des aliments entièrement produits en France métropolitaine. Dans ce cas, plus aucun lien entre nous et la faim dans le monde ;-).

Edit : Nicolas, du blog 1 + 1 = salade, explique ici qu’un outil utile pour lutter contre la faim est « l’élevage par défaut ». Comme toujours, ses arguments sont clairs et convaincants. Dans ce modèle, quelques animaux sont nourris des surplus et des aliments difficilement consommables pour les humains, et on ne les abat qu’en cas de disette. Ce modèle flexitarien me semble plein de bon sens, même si très loin du modèle actuel de nos pays industrialisés.

Conclusion

L’illustration dominicale résume bien la situation actuelle. Malheureusement ce n’est pas une blague, même en humour noir… Alors dorénavant, abandonnez le traditionnel : “Finis ta viande, sinon ton gaspillage fait que des enfants meurent de faim”. Pour les populations malnutries, il n’y a pas de gaspillage plus énorme et hypocrite que le fait de manger des produits animaux, c’est à dire de nourrir du bétail avec des aliments parfaitement adaptés à l’alimentation humaine.

Chaque repas, chaque jour, chaque individu peut faire la différence. Si vous mangez végétalien pendant une journée, vous économisez assez de ressources pour nourrir 19 autres personnes. Et vous vous êtes régalé. Et ça coûte bien moins cher que d’acheter de la viande, puis de s’acheter une bonne conscience avec un don à Action contre la faim

Précision : on peut être végan et donateur régulier à Action contre la faim ! D’autant que leur donner 20 euros ne vous coûte que 5 euros, comme pour toutes les associations qui fournissent gratuitement des aliments, des soins ou un logement aux personnes en difficulté.

Recette de pain sans pétrissage ni machine à pain

Puisqu’on parle de faim dans le monde, parlons de notre pain quotidien. Attention, vous qui voulez du bon pain, pour pas cher, sans effort ni matériel spécifique ! Ce qui va suivre est pour vous. Jeff et Zoé ont inventé une technique originale, publiée dans leurs livres et que j’ai testée avec bonheur sur plusieurs recettes de pain.

L’idée ?
Faites votre mélange de pâte à pain préférée en ajoutant 50% d’eau. Laissez lever 2h à température ambiante puis placez le tout au frigo, jusqu’au moment où vous voulez du pain frais. Il suffit alors de cuire la pâte. Cette vidéo vous montre toute la technique.

Le résultat !

Pas mal non ? Comparons avec les techniques habituellement utilisées pour faire du pain :
Différences avec un pain pétri et cuit en machine à pain: croûte plus croustillante, le pain se conserve plus longtemps, économie d’électricité, et un appareil encombrant en moins dans votre cuisine.
Différences avec un pain pétri en machine puis cuit au four : texture intérieure sans les grosses bulles qu’on obtient parfois, économie d’électricité, et un appareil encombrant en moins dans votre cuisine.
Différence supplémentaire avec un pain pétri à la main et cuit au four : vous n’avez pas eu à malaxer la pâte – ce qui peut être amusant, sensuel, relaxant… mais un peu fatigant pour les soirs de semaine.
Différences avec les autres techniques de pain sans pétrissage (avec 2 levées et cuisson au four dans une cocotte ici, ou ici) : pas besoin d’être chez soi pendant 4h d’affilée (2 levées + cuisson) ou de cuire le pain 18h après avoir lancé la levée (levée sur la nuit + cuisson). Il suffit d’être chez soi 2h un jour puis 1h quelques jours plus tard.

Juste avant la recette, trois avertissements importants :
–  Lire la recette vous prendra plus de temps que la réaliser. J’ai tout détaillé pour que vous la réussissiez du premier coup. Ensuite, laissez les levures et le four bosser pour vous !
Si vous voulez la jouer hyper feignasse, achetez-vous un moule à gâteau ou un moule à gratinen silicone. Cet achat permet de réaliser toute la recette dans un seul plat ! Moralité : votre vaisselle totale sera ce moule + une maryse… Le moule à gâteau en silicone vous servira aussi pour cuire vos gâteaux (démoulage hyper facile sans avoir à graisser le moule ni à le chemiser de papier sulfurisé). Et le moule à gratin en silicone est très utile pour congeler votre 2ème plat de lasagnes, mais si, celui que vous avez préparé en plus et que vous pourrez décongeler quand 4 amis affamés débarqueront à l’improviste ! Ceci dit, la méthode feignasse est probablement faisable dans une cocotte en fonte. Je n’en ai pas, donc je n’ai pas pu tester pour vous. S’il vous plait, si vous testez, merci de revenir nous dire si ça marche !
Si vous voulez un pain façonné, vous devez pétrir la pâte levée, ce qui fait retomber la pâte. Il faut alors lui laisser 1h pour lever à nouveau avant de l’enfourner.

La recette :

Ingrédients pour un très gros pain (j’ai utilisé un moule en silicone de 18  x 22 cm)
– 375 g de farine complète de blé (T110) (730ml, 0,84 euros)
– 300 g de farine blanche de blé (T65) (630ml, 0,70 euros)
– 14 g de sel (20 ml, 0,05 euros)
– 15 g de levain fermentescible (la quantité de levain à utiliser dépend de votre marque, suivez les instructions du fournisseur). (0,31 euros)
– 600 g d’eau du robinet (600 ml). Cette quantité est 1,5 fois votre quantité habituelle d’eau. Ceci permet de mélanger la pâte sans la pétrir, mais aussi de conserver correctement la pâte au frigo pendant plusieurs jours.

Préparation

  1. Versez les ingrédients secs dans un grand contenant : pour les feignasses, le moule en silicone, pour les autres, n’importe quel grand contenant en plastique ou en verre qui rentre dans votre frigo.
  2. Mélangez avec une cuillère en bois, un fouet ou une maryse.
  3. Ajoutez progressivement l’eau en continuant à mélanger avec le même outil (la maryse est pratique pour racler les bords).
  4. Couvrez, avec un torchon ou le couvercle non clippé de votre boîte en plastique).
  5. Laissez 2h à température ambiante pour que la pâte double de volume. (Le contenant doit donc faire quel volume ? Au moins le double du volume du mélange initial de pâte… Ceux qui suivent, vous avez mérité un bon point blague !)
  6. Placez au frigo et attendez une nuit, ou jusqu’à 2-3 jours. La pâte retombe un peu et les levures continuent à fermenter lentement, donnant un meilleur goût au pain.
  7. Quand vous avez envie de pain, préchauffez le four à 230°C et sortez la pâte du frigo. Version jolie (ou version « j’ai pas envie d’acheter un moule en silicone »), faites comme dans la vidéo : farinez vos mains, prenez la pâte, tapotez un peu (sinon la pâte va s’affaisser) pour former une boule et posez-la sur du papier cuisson (chez moi, une feuille de silicone). Version feignasse : ne faites rien.
  8. Avec un couteau aiguisé et si possible sans dents, tracez quelques rayures sur le pain. Ce sont des grignes, elles permettent au pain de bien lever lors de la cuisson.
  9. Versez environ 100ml d’eau dans un verre. Ouvrez la porte du four, enfournez rapidement le pain, jetez vite l’eau vers le bas du four et refermez immédiatement la porte. L’eau crée le « coup de buée » qui donne une jolie croûte dorée.
  10. Laissez cuire environ 40 minutes. Le pain cuit plus rapidement en version jolie (sans moule). Pour les feignasses, il faudra attendre environ 60 minutes pour avoir un pain bien cuit.

Ce pain a été cuit en version feignasse. Notez les grignes inutiles (faites à l’arrache avec des ciseaux, tout en enfournant le pain). Bilan : vous pouvez faire bien plus joli !!

Remarques :

  • Pour utiliser cette technique avec votre recette de pain préférée, il vous suffit d’ajouter 50% d’eau en plus. Par exemple, ma recette habituelle est : 450g de farines, 9g de sel, 10g de levain fermentescible et 300g d’eau. Ici il faudra donc ajouter 150g d’eau en plus.
  • D’autre part, si vous utilisez la méthode de feignasse, adaptez les quantités à la taille de votre moule. Idéalement, il doit être rempli à ras bords au bout des 2h de levée. Par exemple pour le moule en silicone de 18 cm x 22 cm, j’ai multiplié par 1,5 ma recette habituelle. Pour un moule à cake, je la diviserais par 2.
  • Ce pain se conserve très bien à température ambiante pendant une bonne semaine. Je l’enveloppe dans un torchon propre et coupe juste les tranches qu’il faut pour le repas.
  • Pour ceux qui veulent un pain 100% farine complète ou intégrale mais qui soit  quand même aéré (et non pas un pain 3 cm de haut qui est lourd comme un parpaing). Je réponds : Vous ne voulez pas aussi l’argent du beurre et la crémière, tant qu’on y est ? Mais vous avez de la chance : si vous avez du gluten en poudre, il vous suffit d’en ajouter quelques cuillerées avec les ingrédients secs. De toute manière la farine de blé contient déjà du gluten, alors ce n’est pas vraiment tricher, hein… et puis c’est vous qui avez voulu savoir. 😉

Maintenant, les questions ! Mlle PIGUT en pose systématiquement, et ça permet d’apprendre plein de choses ! Alors voici ce que j’aimerais savoir :

– Comment faites-vous le pain ? Quelles sont vos proportions favorites ? Et votre technique de routine ?

– Et aussi… quelle est votre marque de margarine biologique végétalienne préférée ? J’utilise la variété cuisine-pâtisserie de Landkrone, elle a une texture et un goût identiques au beurre doux standard (si si, c’est une normande qui le dit !) mais je ne sais pas si elle est correcte sur les plans éthique, écologique et sanitaire ?

Edit du 16/12/2010

Maintenant je remplace la farine de blé blanche par de la farine T110. Ça donne un pain complet, au goût délicieux (tous ceux qui ont goûté sont fans) et bien bombé, grâce à l’astuce suivante : faire le mélange de pâte dans un saladier, puis tout verser dans un grand moule à cake (en silicone chez moi).

Résultat après levée :

Sur cette photo, j’ai fait leve la pâte dans le saladier puis je l’ai versée dans le moule à cake

Le moule à cake est plein à ras bord. Il ne reste qu’à inciser et enfourner comme d’habitude (avec le coup de buée). Ensuite on obtient ceci :

Bon appétit !

Recette de cuisine durable